En vers ou en prose, en vert et en rose
NUITS DE JUIN
Absorbés par la douceur des longs soirs d'été
Quand bourdonnent par les fleurs des milliers d'abeilles
Les amants se cherchent pour des nuits sans sommeil
Un voyage surprenant vers l'éternité
Embarquement sur le quai des fêtes bachiques
Appareille sans retard la gracieuse nef
Portée par le vent du sud d'un mouvement bref
Elle s'éloigne de la passe aux ombres tragiques
Gagne par un plein essor la très haute mer
Éclatantes de blancheur se déploient les voiles
A la proue dans un frisson sous la pluie d'étoiles
Les amants boivent un vin qui n'a rien d'amer
Sophie Desestoiles, in Joie du Soleil, Aigle Botté éditions
Waterloo
Il est tombé ici tant d’eau et tant de larmes
Tant de feu tant de sang
Dans les tirs des canons et le fracas des armes
Que la terre s’en ressent
Combien de jeunes gens armés de fier courage
Se portèrent à l’assaut
Puis tombèrent blessés dans la fleur de leur âge
Comme pris au lasso
Tandis que de son poste observait l’Empereur
Voyant la mécanique
Qui n’obéissait plus s’enfoncer dans l’horreur
Cédant à la panique
J’ai beau le regarder sur son cheval tout blanc
Son visage est de marbre
Oh il se mord la lèvre et semble chancelant
Dans l’ombre d’un grand arbre
Ce fut le dernier jour de la vaste aventure
Dans l’été et ses blés
Un jour comme la nuit où tout dans la nature
S’était mis à trembler
Il est tombé ici tant d’eau et tant de larmes
Tant de feu tant de sang
Dans les tirs des canons et le fracas des armes
Que la terre s’en ressent
Deux siècles et trois ans ont passé sur la plaine
Où je vais à pas lents
Mais je ressens tout bas encore l’immense peine
Qu’éprouvèrent les mourants
Waterloo, le 14 février 2018
Complainte des amis
Que sont mes amis devenus ?
Je les avais si près tenus
Et tant aimés
Ils sont passés devant ma porte
Et comme le vent les emporte
L’amour est morte
Sont-ils vivants ou bien morts ?
Je n’ai au fond que des remords
Je ne sais plus
Certains je crois ont disparu
D’autres ont sombré dans des contrées
Inhabitées
Que n’ai-je su alors leur dire
Tout mon amour, tout mon désir
Je n’ai pas su
J’étais fragile et je craignais
En leur montrant de m‘exposer
Lourds regrets
J’aurais dû au moins retenir
Non pas leur main mais leur sourire
Visages aimés
Le temps qui sait tout fracasser
Même les souvenirs a froissés
Ô froidure
Si à présent, oui, je pouvais
Encore un peu les épauler
Porter leurs chaînes
Ce lourd fardeau m’allégerait
Du poids de l’inutilité
Des pensées vaines
Peut-être se retrouveront
Ceux qui furent bons compagnons
L’éternité
Prière pour ce qui a été
Prière pour la postérité
Et Pardon
Nénuphar
Quand tu es né tu étais nu
Ayant traversé les espaces
Pour te faire une nouvelle place
Sur terre, ignoré, inconnu
Ayant quitté la chambre rouge
Bercé au son d'un cœur de mère
Où à la fin plus rien ne bouge
Tu as retrouvé la lumière
Qui éblouit tes yeux fragiles
Et l'air qui emplit tes poumons
Tu fais bouger tes doigts agiles
Comme frétillent les saumons
Tu savoures la douceur de peau
De celle qui te nourrit de lait
Qu'élabore son lourd sein si beau
Voici un moment qui vous plaît
Enfin tu retrouves la marche
Les herbes fraîches du jardin
Sous la glycine formant une arche
L'odeur des roses et du jasmin
Tu suis le vol des libellules
Sur l'étang aux blancs nénuphars
Un rayon de la lune ondule
Comme autrefois auprès du phare
Ton âme ressent alors le souffle
Des nuits dans la chaleur d'orient
Sans voile, sans fard et sans pantoufles
Elle dansait pour toi en riant
Quand tu es né tu étais nu
Tu rêvais dans les nénuphars
Bercé par les rayons du phare
Elle seule enfin t'a reconnu
Le 3 septembre 2025
ROSE
Te souviens-tu de ce dimanche
Partie de plaisir au levant
Au volant de ta voiture blanche
Cheveux au vent
Juste devant
Moi je chavire et soudain j'ose
Tout doucement
Te caresser en me penchant
À l'insu d'autres voyageurs
Le soleil vibre et la chaleur
Accroît ce trouble irrésistible
Tu ne dis mot mais très sensible
Tu sens que cela vient du cœur
Nous nageons dans les eaux turquoise
Plus claires que celles de la belle Oise
J'aimerais jouer davantage
Te toucher sous l'eau mais je n'ose
Puis nous retournons sur la plage
Tu lis de Nerval le voyage
En Orient pour moi un message
Tyr la ville de la pourpre rose
Plus au sud une palmeraie
Et dans ce cadre vert tu oses
Là devant moi t'agenouiller
Et verser des pétales de roses
Dans les plis de ma robe pourprée
Aux yeux des autres voyageurs
Je sens que cela vient du cœur
Nous avons mêlé nos couleurs
Le rouge puissant
Et la blancheur
Se mélangeant
Forment le rose
Ce jour béni qui nous surprit
Vérifie ceci je te prie
Est celui de la Sainte Rose
Le 23 août 2025
Et puis il y a l'amour
Il y a l'amour qui prend
Mais qui n'est pas l'amour
Qui souvent nous surprend
Avec ses jolis tours
Il y a l'amour qui ment
Mais qui n'est pas l'amour
Qui fait de beaux serments
Et les reprend un jour
Et puis il y a l'amour
Simple charmant et rêveur
Qui ne demande rien
Que la fusion des cœurs
C'est l'amour magicien
Qui tel un bateleur
Fait jongler dans ses mains
Des balles de couleur
Il y a l'amour qui blesse
Mais qui n'est pas l'amour
Qui donne des caresses
Et les suspend un jour
Il y a l'amour qui tue
Mais qui n'est pas l'amour
Arrogant fier têtu
Cruel violent et lourd
Et puis il y a l'amour
Simple charmant et rêveur
Qui ne demande rien
Que la fusion des cœurs
L'amour vrai a confiance
Il ignore la peur
D'un pas joyeux il danse
Dans les prairies en fleurs
le 21 avril 2021
Le miroir des eaux
Je reviens au Servière et ce miroir mouvant
Me parle du passé dans les ondes du vent
Je contemple ce cercle qui capte la lumière
Et me souviens de tout comme si c'était hier
Mon fils n'avait alors pas encore eu deux ans
Je cherchais en ces lieux le regard émouvant
D'un homme aux yeux très bleus vivant près du Servière
Qui tel un loup blessé sort peu de sa tanière
Sa voix touchait mon cœur et j'écoutais ses chants
Sans croire un seul instant qu'il pût être méchant
Mais les jours et les ans ont fait toute lumière
Ce qui était obscur est devenu très clair
La faux a actionné son couperet tranchant
Rendant ainsi justice après plus de six ans
Je reviens au Servière et ce miroir touchant
Répand la paix en l'âme de tous ses partisans
le 28 juin 2026